La bataille des Pyrénées

couv-BatailleRéseaux d’information
et d’évasion alliés
transpyrénéens
1942-1944

Josep Calvet Bellera
Annie Rieu-M
ias
Noemi Riudor Garcia

Les trois auteurs ont enquêté auprès des derniers témoins pour rendre hommage aux réseaux transfrontaliers qui, au même titre que les réseaux plus connus, ont contribué à la libération de la France.

De part et d’autre de la frontière pyrénéenne, des réseaux locaux se sont mis en place pour contribuer par le renseignement et l’aide au passage de ces naufragés du ciel. La compatibilité des langues locales (catalan et occitan) et les liens transfrontaliers ancestraux ont contribué à l’efficacité de ces réseaux de passeurs d’hommes et d’informations au rôle méconnu.

Riudor-Rieu

Noemie Riudor et Annie Rieu lors de la présentation du livre à l’Ostal d’Occitania

Josep Calvet Bellera, historien, a coordonné la création de la prison-Musée du Chemin de la Liberté de Sort (Catalogne).
Noemi Riudor Garcia, historienne, a élaboré l’exposition sur « La bataille des Pyrénées ».
Annie Rieu-Mias, sociologue passionnée par les relations occitano-catalanes, a travaillé sur le réseau Wi-Wi de l’OSS.

Prologue

Parler des passages de frontière dans les Pyrénées, c’est parler d’une constante historique commune à l’Espagne et à la France. Le projet d’exposition « la bataille des Pyrénées » m’a d’emblée suggéré un choix de concepts intimement liés au travail que nous développons dans le «  Memorial Democràtic » : histoire, mémoire, territoire et patrimoine.

L’histoire, en grande partie méconnue, est scrutée par les travaux d’historiens comme Josep Calvet et Noemi Riudor. Ils analysent et interprètent à partir du travail d’archives, de sources premières, mais aussi du traitement de témoins vivants. Un travail laborieux, vu la difficulté d’accéder à certaines archives et sources.

À ces travaux, il faut ajouter la large contribution d’Annie Rieu, sociologue de l’Université de Toulouse II, qui, sur le versant nord des Pyrénées, a collaboré à ce travail. Si l’histoire de l’exil républicain de 1939 a été bien étudiée, celle du passage de réfugiés pendant la Deuxième Guerre mondiale restait à écrire côté espagnol. Il s’y cache une réalité sociopolitique qui va au-delà du drame physique de milliers de personnes. Un autre passage de la frontière, moins connu, est celui que firent, pendant la guerre civile, les réfugiés partis de l’arrière-front républicain par peur de représailles ou pour déserter. Je le cite ici car il s’agit d’une période clé mêlant trois événements que vécurent dans plusieurs cas ces mêmes passeurs et protagonistes de ce livre : la guerre civile, l’exil et la Deuxième Guerre mondiale.

Ce point m’est bien utile pour introduire le lien vers la mémoire. Une mémoire recueillie à travers les témoignages de passeurs et de candidats au passage. Une mémoire à la fois proche et présente, mais qui touche à sa fin biologique et qui, grâce à ce travail, a pu être sauvée de l’oubli. Ces récits de vie, confrontés à des sources documentaires, nous certifient l’ampleur de l’organisation mise en place pour évacuer, avec les meilleures garanties, tout type de réfugiés : qu’ils soient pilotes alliés ou réfugiés juifs, pendant que la France est totalement occupée par les nazis. Cette mémoire nous lie au troisième élément : le territoire.

Un territoire dont les montagnes constituent le patrimoine le plus précieux. Ces Pyrénées faites de hauts pics et franchies par des ports de transhumance ou de contrebande, ces Pyrénées habitées par le souvenir de ceux qui les traversèrent cherchant la liberté de vivre, de penser et d’être. Si la majorité des réfugiés ne trouvèrent pas la liberté sur le versant espagnol des Pyrénées et payèrent leur passage avec des détentions, des internements et la prison, d’autres arrivèrent à émigrer dans d’autres pays. Ces Pyrénées, comme patrimoine et territoire de la mémoire, sont un monumental témoignage de notre passé récent. Elles sont aussi riches d’une série de vestiges qui ont à voir avec cette histoire : bunkers de défense, petites prisons comme celle de Sort – aujourd’hui muséifiée –, cabanes pour des réfugiés et sentiers parcourus par les candidats à la liberté.

Ce livre d’histoire s’appuie sur divers types de mémoires qui interagissent. Je me souviens de cette première exposition à l’Écomusée d’Esterri, et aussi de l’accueil réservé aux participants du Chemin de la Liberté, initiative organisée l’année précédente au départ de Saint-Girons par des instances souhaitant valoriser la mémoire d’Europe et d’ailleurs. Cette exposition traitait déjà du thème des réseaux d’évasion et du passage de réfugiés à travers les Pyrénées, du nord au sud. Déjà avait été réalisé un grand travail de documentation, de recueil de témoignages et d’étude du territoire concerné. La graine a germé et nous nous trouvons avec ce livre devant une étude complète du phénomène pleinement intégrée au travail du Memorial Democràtic.

À partir de cette institution, nous avons pu impulser des projets dont le fil conducteur, au-delà de la guerre civile, porte sur les mouvements transfrontaliers pendant la Deuxième Guerre mondiale, dans les Pyrénées. Projets impulsés depuis le territoire-même, à travers des espaces de mémoire consolidés – j’ai déjà cité la prison musée de Sort – ou à travers des entités comme l’Écomusée des Vallées d’Aneu, toujours très dynamique dans la valorisation du travail historique et mémoriel au cœur du massif.

La revendication de cette mémoire comme patrimoine culturel collectif, se voit confortée par une telle publication. Et ce d’autant plus que ce livre paraît aujourd’hui en français.

ISBN : 978-2-917971-37-6- 200 pages, 16×2418 €